Interview d'entreprises membres du Lab de la West Team Brest Finistère

Jeudi 16 juillet 2020

– Erwan Le Méné –

EcoTree

Devenir propriétaire d’arbres pour un investissement durable

Erwan Le Mene Ecotree

Erwan Le Méné a fondé la société EcoTree en 2015, employant aujourd’hui 35 salariés répartis dans les bureaux de Brest, Paris et Copenhague

Ingénieur de formation et diplômé d’un master en finance, Erwan Le Méné, 36 ans, a travaillé pendant plus de dix ans dans des établissements bancaires, à l’image du Crédit Mutuel Arkéa. En 2015, cet amoureux de la nature donne une nouvelle impulsion à sa carrière en développement sa propre société, engagée pour l’environnement et le développement durable : EcoTree.

Fraîchement membre du Lab, Erwan nous parle de son projet et partage sa vision de la West Team dans une nouvelle interview exclusive !

« Contrairement à certains cercles d’affaires, on ne vient pas au Lab que pour du business, mais bien pour créer un réseau solide, aux côtés d’entrepreneurs avec lesquels on a envie de travailler et sur lesquels on peut vraiment s’appuyer »

Erwan Le Méné

Parle-nous d’EcoTree ?

« EcoTree permet à des entreprises et à des particuliers d’investir dans la forêt de manière unitaire, en devenant propriétaire d’un arbre. Un investissement qui leur permet par la suite de profiter de l’intégralité des bénéfices de cet arbre, qu’ils soient d’ordre financier (au moment de la récolte) ou environnemental, puisque cet arbre va absorber du CO2 tout au long de sa vie.

La vocation d’EcoTree se résume en deux points : l’amélioration sylvicole et le reboisement. Nous rachetons des forêts en carence de gestion ou en impasse sylvicole, que nous entretenons et au sein desquelles nous replantons des arbres. Toutes nos forêts sont en sylviculture irrégulière, c’est-à-dire que l’on y trouve des arbres de tous les âges avec des essences différentes, mêlant systématiquement des feuillus et des résineux. Tout l’inverse de la monoculture, qui est absolument catastrophique pour la biodiversité ! Dans ce sens, nous faisons intervenir plusieurs associations et écologues pour optimiser la biodiversité au sein de nos espaces forestiers ; c’est un vrai sujet chez nous, qui nous passionne. Nos forêts se situent principalement en Bretagne, dans le Limousin, en Mayenne et en Bourgogne, avec quelques petits bois en île de France. En 2020, EcoTree fédère 35 salariés. Six d’entre eux sont basés à Copenhague (Danemark), où nous avons ouvert un bureau en 2019, cinq autres travaillent à Brest et le reste de l’équipe opère depuis Paris.

La démarche EcoTree n’encourage en aucun cas le greenwashing* mais défend le développement durable intelligent, en invitant nos clients à associer l’achat d’un arbre à un événement particulier (ouverture d’un nouveau contrat, accompagnement d’un nouveau client, construction de bureaux, naissance, départ à la retraite…etc.). Il existe de nombreuses raisons d’investir dans un arbre ou une forêt et nous y voyons également un formidable levier en termes de storytelling pour nos investisseurs professionnels vis-à-vis de leurs clients ou partenaires.

Sur le plan financier, les professionnels ont aujourd’hui besoin de souplesse. Prenons l’exemple d’une entreprise de transports. Hier, elle n’avait pas d’autres choix que d’acheter de la tonne carbone sur Internet pour compenser ses émissions de CO2. Elle dépensait donc chaque année une certaine somme qui impactait directement son compte de résultat au poste de charge. EcoTree aborde cette problématique différemment, en invitant les entreprises à investir cette somme dans l’achat d’arbres sur nos forêts. Cet investissement est au bilan de l’entreprise en tant qu’actif, au même titre qu’un bien immobilier. Et cerise sur le gâteau : cet actif prend de la valeur dans le temps en produisant un certificat carbone chaque année, authentifié par Bureau Veritas ! Avec EcoTree, l’entreprise joue le jeu du reboisement et en tire un bénéfice pendant près de 30 ans. »

Quelles sont les raisons qui t’ont amené à te lancer dans un tel projet ?

« Très attaché au bien-être de notre environnement, j’ai dressé plusieurs constats, qui ont donné naissance à EcoTree. Et pourtant, au départ, je n’avais pas forcément pensé à la forêt… Ma première idée est partie du principe que le développement durable était incontestablement le principal enjeu du XXIe siècle. Il suffit d’imaginer que les Chinois ou les Indiens se mettent à consommer comme les Américains pour se figurer l’ampleur du désastre écologique qui pourrait en découler. C’est assez simple de faire les calculs Mon deuxième constat a été le suivant : nous sommes la première génération à vivre au quotidien les conséquences du réchauffement climatique, et nous pourrions bien être la dernière… Il y a une forme d’urgence à agir rapidement. Enfin il y a un dernier point qui tient davantage à ma formation et à ma conception de l’économie : je n’arrive pas à comprendre pourquoi le coût écologique d’un bien ou d’un service n’est pas présent dans son coût global. Il me semble complètement anormal aujourd’hui de se faire livrer une brosse à dent en douze heures par Amazon, à un prix dérisoire. A la vue des moyens humains et matériels mis en œuvre pour mener cette livraison dans un temps record, le prix de cette brosse à dents devrait être ré-évalué à 20 euros, incluant le coût de son impact écologique ! Nous vivons dans un monde où l’on est préoccupé par l’environnement mais, de manière paradoxale, lorsqu’il s’agit de consommation, on veut tout, tout de suite, et l’on est incapable d’attendre, de mutualiser, de massifier. Face à tous ces constats, je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire pour résoudre cette problématique environnementale et cette question de transition énergétique et écologique. En France, la réponse est assez simple : on met des impôts. Depuis dix ans il y a le bonus / malus sur les voitures, la taxe carbone, les taxes sur le transport aérien, les taxes sur le recyclage des biens de grande consommation… Globalement il y a des taxes partout ! Je me suis dit que ce n’était pas possible de résoudre ce problème si important de cette manière. Selon moi, on fait les choses à l’envers !

Je me suis beaucoup inspiré des pays scandinaves, qui ont clairement vingt ans d’avance sur nous ! Plutôt que de punir les mauvais comportements, ils valorisent les bonnes pratiques. Et cela s’applique dans de nombreux domaines ! Par exemple, une entreprise qui a un taux d’absentéisme faible paiera moins d’impôts qu’une entreprise dont le même taux est plus élevé. Ce qui pousse les entreprises à bien s’occuper de leurs salariés. Pourquoi y a-t-il autant de vélos au Danemark, alors qu’il y pleut plus qu’à Brest ? Tout simplement parce que l’indemnité kilométrique est remboursée au même tarif que la voiture ! Autre exemple : on ne trouve aucune bouteille par terre parce que ces dernières sont consignées, qu’elles soient en verre ou en plastique. Je me suis dit qu’il fallait recréer cette dynamique en France, en valorisant ceux qui font bien. C’est-à-dire en faisant comme j’aime le penser du développement durable non punitif. C’est comme ça qu’est née EcoTree. »

Un mot sur l’actualité d’EcoTree ?

« Nous avons récemment obtenu la certification pour l’attestation de CO2 sur nos forêts par Bureau Veritas, ce dont nous sommes très fiers. Pour nos clients professionnels, cela représente un véritable actif supplémentaire. Par ailleurs, nous bénéficions d’une activité post-covid particulièrement bien perçue. EcoTree s’inscrit dans le bon sens de l’histoire, en répondant de manière très concrète aux enjeux environnementaux actuels. Au sortir de la crise, les entreprises veulent reprendre leur activité sous un angle différent, en plaçant l’écologie et le développement durable au cœur de leurs préoccupations. C’est une manière pour elles de repartir d’un meilleur pied.

Enfin, nous sommes toujours très actifs dans le cadre du développement de nos forêts. Nous avons récemment planté des forêts miyawaki, c’est-à-dire des forêts avec des essences premières d’arbres, aux origines millénaires. Nous avons installé près de 300 ruches dans toutes nos forêts pour favoriser la pollinisation et redonner vie aux abeilles, nous réalisons nos travaux en zéro pesticide, tout est bio et nous n’utilisons aucun engrais. Nous retravaillons également des zones humides qui préservent la biodiversité, nous réalisons des plantations de haies mellifères ou encore, plus récemment, des lâchés de chauve-souris dans nos espaces forestiers ! Autant de sujets passionnants qui nous animent chaque jour et autour desquels nous développons de vrais programmes pour que les forêts que nous reprenons soient des bassins présentant la meilleure biodiversité possible. »

Comment s’est déroulée ta première rencontre avec la West Team ? 

« Comme beaucoup d’autres membres j’imagine, ma première rencontre avec la West Team s’est déroulée par l’intermédiaire d’Ewan. Nous nous connaissons tous les deux depuis un bout de temps. Voyant qu’EcoTree se développait et suite à notre récente installation sur Brest, il m’a parlé de la West Team, des gens qui la composent et m’a proposé d’intégrer le Lab l’année dernière. »

Qu’est-ce qui t’a poussé à rejoindre le Lab, le club d’entreprises de la West Team ?

« Pour être tout à fait honnête, je dois bien avouer que le Lab réunit plein de gens très sympas ! On passe toujours un très très bon moment lors des événements West Team. En tant qu’entrepreneurs, nous avons besoin de nous retrouver pour échanger, rencontrer… Nous partageons tous ce même sens du business et du risque et vivons tous des montagnes russes qui sont importantes d’un point de vue émotionnel. Je pense que le ciment qui me lie à la West Team, c’est de voir d’autres entrepreneurs qui ont pris des risques comme moi, qui vivent les mêmes angoisses que moi quand c’est dur et les mêmes euphories quand tout va bien. Les membres du Lab partagent des aspirations communes pour le domaine maritime, pour la voile, notre région et pour l’environnement de manière générale, dans lesquelles je me reconnais complètement. Je suis fasciné par les grands espaces, la mer, l’odeur de l’iode, le vent… En tant que breton, c’est ancré dans mes veines !  Je suis très heureux de pouvoir vivre cette passion avec d’autres personnes qui partagent cette même sensibilité. »

En quoi les valeurs de la West Team et d’EcoTree se rejoignent-elles ?

« Je mettrais en avant deux valeurs fortes : la bienveillance et l’exigence. Pour moi, les deux vont de pair. Chez EcoTree, nous sommes toujours bienveillants les uns envers les autres. Nous nous entendons tous merveilleusement bien. On sait à quel point c’est important d’être là et disponible dans certains moments de la vie, quand on attend un enfant, quand on ne va pas bien, quand on a un parent malade ou un grand-parent qui décède… Je retrouve cette bienveillance au sein de la West Team. Entre membres, nous serons naturellement enclins à lier des liens d’amitié et à avoir envie de travailler ensemble.  Ce qui n’exclut en rien une forme d’exigence réciproque ! Quand on se sert la main, on s’engage, et on le fait bien. Quand je conclus un partenariat avec l’un des membres de la West Team, j’ai une confiance totale dans la qualité du travail qui va m’être livré. »

« Il ne serait pas délirant de voir la West Team accompagner un jour un bateau sur la Route du Rhum, et pourquoi pas sur un Vendée Globe ! »

Erwan Le Méné

En quoi le Lab se distingue-t-il des autres réseaux d’affaires ?

« Je fais partie d’autres clubs d’entreprises où je sens bien que les relations ne sont pas complètement sincères. Contrairement à ces cercles d’affaires, on ne vient pas au Lab que pour du business, mais bien pour créer un réseau solide, aux côtés d’entrepreneurs avec lesquels on a envie de travailler et sur lesquels on peut vraiment s’appuyer. Pour moi le Lab, c’est plus un réseau de fond. »

La West Team en trois mots ?

« Passion, risque et plénitude »

Le Lab en trois mots ?

« Valeurs, pérenne, aspiration »

Comment imagines-tu la West Team de demain ? 

« S’il n’y a pas de limites, j’imagine un réseau qui s’étendrait à l’échelle nationale ! Les membres partageraient des valeurs et aspirations communes, avec cette même volonté de fréquenter des personnes en lesquelles ils ont confiance et avec lesquelles ils ont plaisir à échanger. Je verrais bien un bâtiment étendard de la West Team à Brest et pourquoi pas une annexe à Paris. Ce lieu deviendrait une forme de repère pour tous les entrepreneurs du Lab qui partagent le même ADN et les mêmes atomes crochus en lien avec la mer. Riche de ce réseau national, il ne serait pas délirant de voir la West Team accompagner un jour un bateau sur la Route du Rhum, et pourquoi pas sur un Vendée Globe ! »

*Grennwashing : Le greenwashing, aussi nommé écoblanchiment ou verdissage, est un procédé de marketing ou de relations publiques utilisé par une organisation dans le but de se donner une image de responsabilité écologique trompeuse.

Retrouvez-les en ligne :

EcoTree, vente d’arbres sur Internet pour un investissement durable 

CRÉDITS PHOTOS

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